Trouver le confort dans la confrontation
La psychothérapie confrontante est généralement très peu utilisée. Elle peut faire peur, tant aux psys qu’aux patients. Pourtant le patient finira par découvrir que l’authenticité est le vrai confort parce qu’elle fait avancer.
Dans leur formation, les psychothérapeutes apprennent la nécessité de créer avec la personne une alliance thérapeutique, un état de confiance. C’est la raison pour laquelle les psychothérapeutes ont tendance à vous regarder avec un chaleureux sourire, ou parfois avec ce que Freud appelait une « neutralité bienveillante ». Le psychothérapeute se donne pour consigne de ne pas se mettre en avant et d’être totalement ouvert au discours de la personne qui vient le consulter.
Les fondements de la psychothérapie confrontante
Bien sûr, il y a plusieurs styles de psychothérapie, et chaque psychothérapeute a son tempérament, mais dans certaines circonstances, si la personne arrive en pleurs, effondrée, incapable de trouver ses mots, il est évident que même quelqu’un qui pratique la psychothérapie confrontante ne sera pas dans la confrontation dans ce cas-là, mais dans la chaleur, l’ouverture, un ton très doux, une attitude qui donnera à la personne le sentiment qu’ici, elle peut pleurer de toutes ses larmes.
La douceur dans la confrontation
Jacques Lacan, qui était connu pour être un psychanalyste confrontant, décida un jour d’être particulièrement tendre avec une personne qui faisait une psychanalyse avec lui. C’était une femme qui avait vécu l’époque des rafles quand la France était occupée par les Allemands. Elle était juive et cachée avec d’autres personnes dans une cave. Je tiens cette histoire du film que Gérard Miller a fait sur Lacan et que cette femme raconte. Elle n’était pas en train de pleurer mais ce qu’elle disait était très émouvant : tous les matins, elle continuait à se réveiller à 05h00 encore aujourd’hui parce que c’était l’heure où on venait chercher les gens dans les immeubles pour les déporter. Je ne crois pas que cette femme parlait en pleurant mais face à cette émotion répétitive donc anxiété et de terreur qu’elle revivait chaque matin, Jacques Lacan, instinctivement, s’est levé au moment où elle parlait et est venu doucement poser sa main sur sa joue. On peut faire de la psychanalyse ou de la psychothérapie confrontante et sentir la nécessité d’un geste tendre à un moment donné. En psychothérapie, on appelle ça une empreinte, quelque chose dont on va se souvenir parce que ça se passe lors d’une émotion. Désormais, à chaque fois que cette femme se réveillera à 05h00 du matin, elle pensera aux rafles mais elle pensera aussi au geste tendre de Lacan.
La relation d’égal à égal
Ce que j’appelle une psychothérapie confrontante, ce n’est pas nécessairement une relation violente mais c’est une relation d’égal à égal. Le psychothérapeute dans une psychothérapie confrontante est censé réagir comme il réagirait avec n’importe quelle autre personne dans la même situation. Par exemple, si la personne arrive dans une posture intellectuelle pour dire tout ce qu’elle croit comprendre de la séance précédente ou de la semaine qu’elle a vécue sur un ton normal, conscient, pas forcément triste, le psychothérapeute dont la technique est confrontante ne se montrera pas nécessairement ouvert à tout ce qui se dit avec un grand sourire avenant. Au contraire, il dira à cette personne qu’elle est enfermée dans ses pensées, que certaines peuvent être justes mais que d’autres peuvent être totalement fausses et qu’en se faisant une opinion sur ce qu’elle vient de vivre, en réalité, elle s’aliène. Nous nous laissons volontairement influencer par nos propres interprétations qui peuvent être quelquefois complètement à côté de la plaque, surtout dans la mesure où nous n’avons pas tous les paramètres pour comprendre ce qui s’est passé.
François Roustang et l’Approche Hypnothérapeutique
François Roustang, hypnothérapeute de grand talent souvent cité comme un puriste de la psychothérapie confrontante à sa manière. Pour commencer, il ne sourit pas. Ensuite, il écoute silencieusement ce que la personne lui dit. Et comme il avait un background de psychanalyste lacanien, une fois que la personne a exposé son problème, il lui disait : « Très bien, installez-vous confortablement et laissez-vous entrer dans l’émotion que vous êtes en train de ressentir ». C’est une autre façon de faire de la psychothérapie confrontante parce qu’il n’entre pas dans le compte tenu de ce que lui a rapporté la personne, ils ne cherchent pas à la sécuriser ou à lui donner une réponse qui pourrait l’éclairer. Il lui demande de bien s’installer sur sa chaise, de relâcher ses épaules et d’entrer dans l’émotion dont il était question afin de trouver par elle-même la résolution à son problème.
La confrontation comme outil de prise de conscience
Faire de la psychothérapie confrontante, ça peut aussi être de faire observer à la personne qu’elle est en train de faire l’enfant dans le but peut-être de se faire materner. Ou bien lui dire ce qu’on perçoit d’elle, par exemple que son visage est neutre et son regard très froid. Et ceci fait que face à elle, on ne se sent pas pris en compte. Ça peut être aussi, si la personne est agressive, de lui demander frontalement si son but est de rendre son psychothérapeute mal à l’aise.
En fait, le psychothérapeute confrontant ne fera pas d’interprétation comme le ferait un ami ou un proche mais dira honnêtement ce qu’il ressent face à la personne de façon à ce que la personne prenne conscience de ce qu’elle est en train de faire ou de dire. Si elle se permet d’être agressive avec son psy, il y a de fortes chances qu’elle soit agressive aussi avec d’autres personnes et l’agressivité n’est pas un mode de communication idéal pour que l’autre se sente bien en face de vous et pour qu’il ait envie de vous fréquenter. Ou alors, s’il a envie de vous fréquenter, ce sera toujours avec un arrière-fond de peur de votre réaction.
Le but d’une psychothérapie confrontante n’est pas de mettre la personne mal à l’aise pour que surgissent en elle des émotions extrêmes. C’est juste de se poster comme un être humain en face d’elle et de lui dire ce que produit chez le thérapeute la manière dont la personne s’exprime. Bien sûr, il est possible que le psychothérapeute puisse faire ce que les psychanalystes appellent un contre-transfert, c’est-à-dire interpréter le ton de la personne qui vient la consulter, mais en réalité, ce n’est pas très grave parce qu’après, il fera toujours des ajustements pour vérifier s’il s’agit bien de cela. Et dans tous les cas, ça donnera matière à un échange authentique. La psychothérapie contemporaine, influencée par la neurophysiologie, prend de plus en plus en compte que ce n’est pas le discours qui est important, mais l’émotion qui se cache derrière ce discours, le sens de cette émotion, sa codépendance avec une pensée peut-être limitante.
Pour finir, la psychothérapie confrontante se rapproche beaucoup plus d’un dialogue authentique fait pour faire jaillir de soi les émotions essentielles. En travaillant avec ces émotions, on cherche si elles sont vraiment connectées à la réalité ou pas.