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Catherine Hervais

“Si je me retourne sur la route déjà parcourue, je peux dire que mon addiction était liée à la peur de vivre. Mon analyse, mes expériences en groupe et mes études de philosophie m’ont permis de devenir enfin moi, à ma place, entourée des gens que j’aime et de faire le métier que j’ai toujours voulu faire. »

(extrait de “Les Toxicos de la Bouffe” (éd poche)

Dans cette partie je vais vous parler de mon histoire parce qu’elle est à l’origine d’une la pratique psychologique de l’addiction alimentaire que, mes collègues et moi pratiquons maintenant au Centre Catherine Hervais. Elle est centrée, non pas sur le passé mais sur la résolution du problème d’identité et l’exercice d’une communication authentique et non -violente. (voir cet article sur mon parours(1) mon parcours (2(

En analyse d’abord, puis en m’exerçant à être moi-même parmi les autres, j’ai constaté que je n’avais plus besoin de la nourriture comme anxiolytique. 

Mon expérience d’ex-boulimique et de psychologue clinicienne depuis 35 ans m’a permis de constater que lorsqu’on a une addiction sévère à la nourriture, on présente la même problématique psychologique que les toxicomanes qui, malgré les servrages, s’accrochent à une drogue pour ne plus ressentir pour   auxquels on propose systématiquement une psychothérapie en groupe parce que, pour eux, les approches individuelles montrent leurs limites.

(Cette partie étant un peu longue, si vous voulez lire la suite, cliquez sur les titres ci-dessous)  

En quelques mots… 

Nom : Catherine Hervais
Age : (mental) : 20 ans 
Universités : Nanterre, licence de philo. Censier, master de psychologie clinique.
Saint Denis : licence de sciences de l’éducation
Titres : Psychologue clinicienne (ADELI : 759309966)
Psychothérapeute
Formations : Psychanalyse,,Hypnose ericksonnienne avec François Roustang
Publications: “Les toxicos de la bouffe”, “Sortir de la boulimie”, guide complet…, Documentaire “Boulimie & Thérapie”

Toutes les personnes qui sont obsédées par la nourriture ne ressentent pas nécessairement un énorme mal-être existentiel. J’ai déjà rencontré des personnes qui se sentaient vraiment heureuses et souhaitaient simplement se débarrasser de leur boulimie qui leur prenait trop de temps. Je n’en ai pas rencontré beaucoup, mais leur situation m’a suffisamment marquée pour que je me souvienne de chacune d’entre elles. La plupart des personnes qui souffrent de boulimie persistante, vomitive ou hyperphagique, femmes ou hommes, se sentent très mal, à côté de leur vie, pas dedans, même quand elles ont tout pour être heureuses. C’était mon cas.

Le fait d’avoir été moi-même boulimique, et surtout d’avoir l’intuition que la boulimie n’était pas mon seul problème (honte, manque d’estime de soi, impression de ne pas avoir ma place sur terre), m’a donné envie, vers l’âge de vingt ans, de faire une psychanalyse après avoir tenté plusieurs psychothérapies de soutien. Confrontée à mes échecs répétés concernant mon poids, mon avidité alimentaire qui vidait les placards, et mon mauvais caractère, ma mère avait accepté, sur ma demande, de me payer une séance par semaine chez un psychanalyste. Le psychanalyste, de son côté, s’est arrangé pour me recevoir une autre fois dans la semaine dans un centre de psychothérapie non payant.

Ainsi, parallèlement à mes études de philosophie, au cours desquelles je suis pendant deux ans le cours d’un philosophe lacanien sur l’œuvre de Freud, je commence une psychanalyse.

Aujourd’hui, la psychanalyse se pratique de moins en moins. On la croit dépassée. Pourtant, même si Freud n’est pas suivi dans toutes ses théories, il a compris que l’être humain avait deux discours à la fois logiques et différents : celui de l’inconscient et celui du paraître. Il a compris que l’humain ne sait pas ce qu’il dit, ni ce qu’il voit. Nous nous accrochons à nos interprétations de la réalité, nos paroles et nos actes sont dictés par nos besoins, nos désirs, nos peurs… Aujourd’hui, les neurosciences rendent justice à la psychanalyse car l’imagerie neurologique permet de valider la majorité de ces thèses. C’est dans sa pratique que la psychanalyse n’est pas à la portée de tous, à cause du prix des séances mais aussi de la neutralité du praticien qui ne convient pas à tous les types de personnalité.

J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont accepté de me payer une séance par semaine. Mon psychanalyste m’a proposé de faire une autre séance dans un CMP psychiatrique où je ne payais rien.

Je m’accroche avec passion parce que j’étais persuadée qu’avec cette approche, je trouverais dans les profondeurs de moi-même ce qui faisait que je me sentais comme une extraterrestre sur terre. En réalité, en fin de parcours, je n’ai rien compris, mais le fait de parler totalement librement m’a fait beaucoup de bien. Enfin un lieu où on m’écoutait. On m’écoutait même quand je disais que tout était de la faute de mes parents, que je n’en pouvais plus de manger et vomir plusieurs fois par jour… Le simple fait d’être enfin écoutée m’a un peu soulagée de ma souffrance mentale. Mais en fin de parcours, je restais convaincue que c’était la faute de mes parents et que j’étais moins bien que les autres.

Avec la psychanalyse, j’ai accepté que mes pulsions étaient plus fortes que ma volonté, qu’elles étaient nécessaires car elles étaient malgré tout mon seul moment où je me sentais vivante. Comprendre cela m’a permis de déculpabiliser. Je ne faisais pas de boulimies par lâcheté ou par manque de volonté. Je faisais de mon mieux.

Beaucoup plus tard, pendant mes études de psychologie, j’ai pu faire un stage dans un service de psychiatrie grâce à une enseignante psychologue, Danièle Rapoport, qui, déjà à cette époque, était convaincue que pour certains types de personnalité en souffrance mentale, tout se jouait aux tout débuts de la vie.

Comme le dit Boris Cyrulnik, j’étais sans doute une petite transporteuse de sérotonine, hypersensible et déjà bébé, sans doute en panique pour pas grand-chose. J’avais besoin du biberon et pas de biberon au moment où j’en avais besoin… j’étais seule dans le noir dans mon berceau au moment où j’avais besoin de sentir une présence sécurisante… toutes les petites contrariétés ressenties me faisaient probablement sentir en danger de mort. Depuis la naissance, j’étais hypersensible et je passais mon temps à paniquer ou à interpréter en drame tout ce qui m’arrivait.

On sait aujourd’hui que le mal-être peut commencer très tôt chez un nouveau-né sans que cela se voie. L’attention et la douceur de certains parents font qu’un bébé hypersensible ne ressentira souvent le mal-être qu’à l’adolescence. Pour moi, comme j’avais des parents qui rencontraient beaucoup de difficultés dans leur vie, j’ai eu beaucoup d’amour mais pas ce dont j’avais besoin, et je souffrais déjà dans la petite enfance, comme en témoignent les albums de photos où bébé et petite fille, je faisais toujours la gueule.

Plus tard, je referais une psychanalyse avec un Lacanien, François Roustand, et je comprendrais qu’on ne peut rien comprendre, ce qui m’a énormément aidée à m’accepter telle que j’étais : Je ne me sentais pas bien dans ma peau, mais je n’y étais pour rien, je n’en saurais jamais la raison car mes parents m’ont donné ce qu’ils ont pu et les études de philosophie, de psychologie et d’éthologie m’ont appris que le psychisme humain est tributaire d’un trop grand nombre de paramètres (neuro-physiologiques, environnementaux, émotionnels, relationnels,…) pour comprendre nos états d’âme.

Comprendre qu’on ne peut pas comprendre n’a pas suffi pour arrêter les boulimies, ni pour avoir moins peur des gens, mais cela a suffi pour me déculpabiliser, ce qui a tout de même beaucoup diminué mon mal-être. Tant pis, j’étais moche, bizarre, dérangeante pour les autres, mais j’en prenais mon parti et j’affronterais la vie comme une guerrière, en me procurant moi-même ce dont j’avais besoin sans l’attendre des autres. Après tout, avait-on besoin de comprendre pour être heureux, en dehors du fait que nous prenons nos convictions pour la réalité ?

 

Après une licence de philosophie, je décide de faire un master de psychologie clinique. Puis, ne trouvant pas de travail en tant que psychologue, je tente des études de psychologie sociale dans le but d’avoir un métier. Si je ne pouvais pas trouver du travail en tant que psychologue clinicienne, j’avais peut-être une chance en tant que psychologue d’entreprise. Contre toute attente, la psychologie sociale m’a passionnée. C’est grâce à elle que j’ai découvert les groupes.

Le travail en groupe m’a fait prendre conscience que je ne suis pas moins bien que les autres. D’autant que je ressens une certaine fierté à oser m’exprimer avec authenticité malgré ma peur d’être jugée très négativement par les autres. Je me découvre courageuse.

En osant parler sans masque dans les groupes, j’observe qu’aller à la rencontre des autres me permet enfin de me sentir exister. À l’issue de cette expérience, je constate rapidement que mon obsession de la nourriture disparaît.

Ainsi, y avait-il un lien entre l’affirmation authentique de soi et l’arrêt de l’obsession de la nourriture ?

Au vu de mon expérience, cela me semblait probable. Et je décide de créer des groupes pour celles et ceux qui souffrent de boulimie, avec comme programme l’expression authentique de soi face aux autres. Je faisais l’hypothèse que pour eux, comme pour moi, il y avait un lien entre l’affirmation de soi et la disparition de l’addiction à la nourriture. La suite allait me montrer que cette hypothèse était juste.

Tout en continuant mes groupes centrés sur l’affirmation authentique de soi face à l’autre, tout en continuant à avoir de nombreux résultats sur l’arrêt de l’obsession de la nourriture pour les gens qui participaient à mes groupes, je restais moi-même avec, même si je n’avais plus de boulimies, un sentiment d’angoisse permanent. Je m’étais résolue à le garder toute ma vie. Mais je continuais le travail sur moi en groupe tout en continuant aussi à animer des groupes. Jusqu’à ce que je découvre l’hypnose ericksonienne et que je me forme à cette approche. La découverte de l’approche de Milton Erickson en complément de mes autres formations post-universitaires allait me permettre de me libérer de mon angoisse et changer ma manière d’animer les groupes. Je raconte les détails de mes découvertes dans “Les Toxicos de la Bouffe” et j’en parle aussi dans le menu de ce site : mes formations.

S’affirmer oui, mais sans agresser ni s’esquiver.

Avec l’affirmation de soi, l’obsession de la nourriture s’arrête rapidement et les dysfonctionnements alimentaires diminuent peu à peu pour disparaître. Quelle délivrance de ne plus être prisonnier(e) d’une addiction ! Les années passent et je constate que ce n’est pas parce qu’on est débarrassé de l’addiction alimentaire qu’on est enfin heureux. J’étais psy, je gagnais bien ma vie, je faisais un travail qui me passionnait, j’avais un enfant délicieux et facile à vivre, je louais un bel appartement où je faisais aussi mes groupes, mais mon plexus restait serré en permanence par l’angoisse, à côté de ma vie. Les gens me voyaient comme une originale et moi je me sentais toujours comme une extraterrestre. Je me retrouvais tout à fait dans les paroles de Camille Claudel adressées à Rodin : “Il y a toujours en moi quelque chose d’absent qui me tourmente”. Il en était de même pour les participants de mes groupes. Ils avaient acquis suffisamment de confiance en eux-mêmes pour ne plus être addicts à la nourriture, mais ils n’étaient eux non plus pas totalement délivrés d’un mal-être intérieur. Certains d’ailleurs revenaient dans les groupes, n’étant plus boulimiques ou hyperphagiques, pour tenter d’échapper à leur mal de vivre malgré l’absence de l’addiction alimentaire.

Ce que l’approche de Milton Erickson m’a apporté.

J’étais dans ma peau et non plus à côté, mes patients aussi, nous étions délivrés de l’obsession de la nourriture, mais eux comme moi n’étions pas vraiment encore bien dans notre peau ni tout à fait à l’aise parmi les autres. C’est là que j’ai compris que moi comme eux avions une structure de personnalité borderline et qu’il nous restait, à eux comme à moi, des troubles de la personnalité dont je pensais qu’ils étaient irréversibles : sentiment de honte, d’être bizarre, manque d’estime de soi, impression de déranger les gens. Et puis cette angoisse qui m’oppressait et me faisait physiquement mal.

En tant que psychologue, je continuais de me former à diverses pratiques psy et, bien qu’hostile à l’hypnose que Freud avait choisie d’abandonner, lors d’un congrès d’analyse transactionnelle, je vois un atelier animé par un pédiatre psychiatre vénézuélien intitulé : “l’hypnose sans hypnose”. Puisqu’il n’y avait pas d’hypnose, je pouvais raisonnablement y assister. D’autant que, comme il y en avait quand même, je me disais que l’hypnose allait peut-être me permettre d’explorer en moi des profondeurs que les autres approches n’avaient pas pu atteindre et me délivrer ainsi de mon trop-plein d’angoisse existentielle.

Ce fut le cas. L’hypnose de Milton Erickson m’a permis de changer totalement mon regard sur l’humain, elle m’a fait découvrir les nuances, la patience, le calme intérieur. À partir de là, j’animais mes groupes d’une façon très différente, confrontante, mais en douceur. J’avais compris les bienfaits de prendre en compte mon propre rythme, le rythme des autres et, sans chercher à me comprendre ni à comprendre mes patients, je connaissais désormais la posture pour ne plus être torturée par l’angoisse. Je parle en détail de mon parcours dans “Les Toxicos de la Bouffe” et aussi sur ce site, rubrique “mon parcours”, où j’explique ce que concrètement Milton Erickson m’a apporté.

Aujourd’hui, je propose aux gens d’être authentiques, mais en même temps d’être attentifs à la forme de leur communication avec les autres. Ce qui compte, ce n’est pas le contenu de ce qu’on dit, ce n’est pas de se comprendre, mais de respecter le rythme et la particularité de chacun, la sienne comme celle des autres, sans juger. Cela nécessite de continuer les groupes, même quand on n’est plus boulimique, pour s’entraîner à communiquer avec authenticité, sans se juger, sans juger les autres non plus. Ça prend du temps, mais quand on y parvient, en plus de l’affirmation de soi, on acquiert de l’estime de soi, ce qui rend la vie beaucoup plus facile à vivre et… sans angoisse !

Les toxicos de la bouffe la boulimie vecue et vaincue

Les toxicos de la bouffe

Je raconte mon histoire d’addict à la nourriture, mes thérapies et mes premières expériences de psy dans mon premier livre,  « Les Toxicos de la Bouffe » où je compare l’addiction alimentaire à une addiction sévère comme la toxicomanie. (éd. Payot Poches).

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