hypEn individuel avec des personnes boulimiques l’hypnose est un outil que j’utilise souvent.

David Bernadaux

A quoi sert l’hypnose pour la boulimie ?

Ce mois-ci, boulimie.fr a demandé à David Bernadaux (voir les extraits vidéo de l’interview) de nous parler de sa pratique de l’hypnose ericksonienne lorsqu’il fait de la psychothérapie individuelle avec des personnes boulimiques.

Boulimie.fr a toujours défendu l’idée que la thérapie de groupe (https://www.boulimie.fr/traitement-boulimie/traitements-qui-marchent/102-les-therapies-de-groupe) est plus pertinente pour se débarrasser d’une addiction que l’individuel.

Néanmoins, pour ceux qui n’ont pas la possibilité de faire du groupe, l’individuel, quand on utilise l’hypnose (non pas pour tenter de supprimer l’addiction mais pour débusquer les parties de soi insuffisamment développées) peut également donner de très bons résultats sur l’addiction alimentaire.

 

Question : David comment se passe une séance avec vous?

Lorsqu’une personne vient nous voir, elle commence par nous exposer ce quoi ne va pas. Cela peut être de l’ordre d’un problème, un stress ou un symptôme. Quand la séance commence je n’ai pas forcément besoin de l’inviter à parler. D’elle-même, pendant les vingt premières minutes —ça peut durer plus longtemps— la personne fait un travail introspectif en s’exprimant, comme si elle « déballait » sur la table tout ce qui peut nous permettre à elle et moi d’y voir plus clair.

Nous nous penchons alors ensemble sur ce qu’elle a dit. L’idée est de faire un pas de côté pour examiner, à partir de ce qu’elle a dit, comment elle fonctionne. En voyant comment on fonctionne ça nous donne plus de perspectives et aussi plus de possibilités d’agir. C’est là où j’utilise l’hypnose.

Question : Vous pouvez en dire un peu plus sur l’hypnose ?

Je vous remercie pour cette question parce que beaucoup de gens croient que l’hypnose thérapeutique est la même que celle que Freud a abandonnée lorsqu’il a créé la psychanalyse. Ou celle du music-hall qui tient plus de la manipulation par suggestion.

Celle de Freud avait pour fonction de rechercher les traumas infantiles et de laisser surgir l’émotion qui leur était liée dans le but de guérir les symptômes.

L’hypnose que j’utilise est une hypnose moderne qui permet de faire un travail très performant : non pas celui de faire bouger le symptôme mais d’aller explorer les parties de soi qui sont en conflit pour les réconcilier afin que la souffrance qui crée le symptôme disparaisse.

L’hypnose ericksonienne n’est pas l’hypnose que Freud a abandonnée pour créer la psychanalyse. Cette hypnose, telle que Milton Erickson en a développé l’emploi est utilisée pour revisiter la vie passée et présente, non dans le but de l’analyser mais d’observer ce qui ne fonctionne pas et surtout, pour imaginer, en utilisant la symbolique, ce qui pourrait être plus satisfaisant pour la personne afin de réunifier son identité d’une façon satisfaisante.

Elle est un outil d’exploration.

Question : donc vous ne l’utilisez pas pour chercher le trauma initial ?

Aujourd’hui, on sait qu’une addiction ne vient pas uniquement d’un traumatisme dans l’enfance, mais des conséquences de celui-ci. On sait aussi que les gens n’ont pas une perception du réel assez efficiente, de par la pauvreté de nos organes sensoriels et de nos capacités de mémoire et d’assimilation, etc. Donc, le réel et ce qui nous arrive, on ne le voit pas entièrement. Ce que l’on voit, ce sont des petites choses que l’on repère dans ce qui nous est arrivé et que nous allons constituer comme une carte en la prenant pour la réalité… sauf qu’elle ne représente pas la réalité.

Le travail que je fais en individuel avec les personnes qui me contactent, c’est de regarder cette carte, de la questionner, de l’enrichir, de corriger des choses qui ne sont pas forcément en place, afin de se sentir enfin « aligné » avec soi-même, ce qui permet aussi d’avoir meilleure adaptation au monde. Du coup, cela soulage assez rapidement les conflits intérieurs et les tensions : parce que quand notre carte ne nous montre pas ce qui est vraiment en face de nous, c’est aussi stressant que de conduire une voiture et que l’on n’arrive pas à l’endroit où l’on veut aller.

Quelle est votre posture en tant que psy ? Êtes vous plutôt neutre ?

Pas vraiment avec les patients qui souffrent de boulimie. D’ailleurs, d’après ce qu’ils expriment et ce que l’on voit sur le « terrain », la neutralité du psy n’est pas très satisfaisante pour eux. Je ne la dénigre pas, parce que confier en association libre ce que l’on a à dire sans être interrompu, c’est à la fois un espace formidable et un exercice intéressant.

Néanmoins les personnes qui souffrent d’une addiction ont rapidement l’impression de stagner et de répéter tout le temps la même histoire parce qu’ils ont besoin, plus que d’autres, d’être aiguillés pour comprendre ce qui est en train de se produire dans leur discours, dans leur vie. Ils ont besoin d’être confrontés au fait qu’ils répètent (souvent sans s’en rendre compte) les mêmes schémas.  Certains de leurs dysfonctionnements méritent d’être soulignés. C’est là qu’un travail psychopédagogique, en plus de l’hypnose est très important.

Qu’est-ce que vous entendez par psychopédagogie ?

Parfois il faut clairement pointer aux gens ce qui est de l’ordre de leurs croyances ou ce qui appartient à la réalité. Faire juste une petite allusion du genre « ah ? vraiment ? » ne suffit pas à certains types de personnalités, en particulier ceux qui ne peuvent pas vivre sans une addiction, pour prendre conscience que ce qui nous trouble ne vient pas forcément de l’extérieur de nous mais de quelque chose que l’on produit soi-même.  Le fait de prendre conscience de la manière dont on pense, dont on agit, et de ce qui pourrait se produire si on se comporte autrement (j’utilise beaucoup l’hypnose pour cela),  permet de s’alléger des poids qu’on traîne depuis l’enfance.

Il y a des gens qui disent que l’hypnose ne marche pas ?

Cela peut se produire quand on est trop directif, lorsque la personne ne supporte pas la directivité, ou quand on lui propose d’imaginer « un lieu sûr » (une « safe place »)  sans savoir si elle en est capable. Certaines personnes, quand on les accompagne en hypnose et qu’on leur demande de trouver un lieu sûr et rassurant, dans lequel elles peuvent se sentir confortable, n’y parviennent pas ; soit parce qu’elles ont toujours une angoisse latente qui les empêche de se détendre suffisamment, soit parce qu’elles n’en ont pas le souvenir  de ces moments ou qu’elles n’ont pas su en profiter suffisamment à cause de leur angoisse, ou parce qu’elles n’en ont tout simplement jamais rencontré.

Ce sont des erreurs que font les hypno thérapeutes insuffisamment formés, ou même ceux qui ont eu une bonne formation mais qui ne connaissent pas la personnalité atypique des personnes qui ne peuvent pas vivre sans une addiction.

L’hypnose est donc votre outil thérapeutique de prédilection ?

Il arrive que je n’utilise pas l’hypnose avec certaines personnes ou en tout cas pas tout de suite. L’hypnose n’est pas un but en soi, mais simplement une technique d’apprentissage et d’accompagnement que l’on peut utiliser ou pas, selon le contexte et à certains moments particuliers.

Parallèlement à l’hypnose, je mets en place des groupes de parole dans lesquels les personnes que j’accompagne en individuel peuvent travailler à dépasser leurs difficultés relationnelles.

 

Quelle est votre approche avec une personne boulimique ?

Quand une personne souffrant de boulimie va voir un thérapeute individuel, la première chose qu’elle lui demande c’est de traiter le symptôme. Beaucoup d’hypno-thérapeutes proposent ce genre de traitement. Généralement, ce qu’expérimentent les gens qui font ce type de travail, c’est d’avoir effectivement une rémission du symptôme pour un temps donné, au prix d’un effort considérable. Mais au bout d’un certain temps, le symptôme revient comme il est parti parce qu’il a une fonction.

On sait très bien, dans le changement en thérapie, qu’on va s’intéresser au système qui produit le symptôme. La personne est dans un environnement particulier, dans une société particulière, avec aussi une manière interne de réagir aux événements, de comprendre le monde, qui sont particulières. Tout ce système-là, pour tenir en place, a besoin du symptôme. Donc si on travaille sur le système et qu’il s’équilibre de manière satisfaisante pour la personne, le symptôme devient caduc. Il n’a plus besoin de remplir sa fonction parce que sa fonction est remplie par des choses qui sont plus efficaces, plus appropriées pour la personne et donc, de manière toute naturelle, ça prend la place du symptôme.

Le travail se fait en étant accompagné par l’hypno thérapeute L’hypnose est un VOYAGE. C’est sa propre vie qu’on visite. Chaque séance constitue un voyage différent dans lequel on peut aborder un aspect différent de sa personnalité.

Un voyage ?

Oui. C’est surprenant en général. Il y a des gens qui décrivent qu’à la fin de ce voyage ils ont été transformés. Comme l’inconscient ne connait pas la différence entre le réel et l’imaginaire, on peut vraiment être transformé par l’expérience. On se dit : « parce que j’ai vécu ça, ça existe pour moi, c’est possible ».

On a constaté dans le travail avec l’hypnose que la partie non consciente de notre esprit, qui fait les choses d’une manière un peu automatique, sans qu’on lui demande nécessairement de le faire, va dans le sens de notre bien-être.[1] De même que chaque respiration qu’on prend est un « oui » implicite à la vie, notre organisme va dans le sens de la survie comme chacune de nos cellules.

Dans l’hypnose, quand le psy a une bonne formation de psychologue clinicien ou de psychanalyste[2], on ne trouve que des choses qui vont dans le sens de la vie et dans le sens d’une amélioration. Même lorsque le travail peut être confrontant, lorsqu’il peut fatiguer, laisser sortir des larmes ou même du rire, c’est toujours, au final, dans le sens de qui est bien pour nous.

Interview de David Bernadaux[3]

 

[1] Ajout de Catherine Hervais. : Aussi absurde que cela peut paraître, nos symptômes sont une manière primaire d’accéder à notre bien-être sous une forme symbolique. Si on ne les avait pas on se ferait peut-être du mal

[2] C’est notamment ce que constatait François Roustang https://www.boulimie.fr/video-boulimie/video-du-mois/francois-roustang qui après avoir été psychanalyste pendant plusieurs années a fini par beaucoup utiliser l’hypnose.

[3] David Bernadaux, hypno praticien spécialisé dans l’approche avec des personnes souffrant d’addictions. Travaille à Paris mais aussi par internet si la personne habite loin. davidbernadaux@gmail.com

 

Catherine Hervais, Psychologue TCA à Paris

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