Pourquoi crises de boulimie le soir?

“Pourquoi crises de boulimie le soir?” est une requête souvent tapée dans google. Confrontés à une personne qui souhaite ne plus faire de crises de boulimie la nuit, les professionnels de la santé, incluant médecins et psychiatres, s’efforcent de déterminer les événements déclencheurs et les pensées qui ont précédé la crise, afin de mieux gérer ce trouble alimentaire. La réponse des psychanalystes contemporains est différente. Découvrez l’une et l’autre avant de prendre la décision de consulter.

L’approche médicale et psychiatrique des crises de boulimie 

L’hypothèse des spécialistes du corps médical est qu’il y a une relation de cause à effet entre la pensée présente et l’émotion qu’elle induit. Et quand les boulimies ont lieu pendant le sommeil et que l’on ne se souvient pas de ses rêves, ils attribuent les crises de boulimie le soir à un phénomène complexe, influencé par une multitude de facteurs psychologiques, comportementaux et physiologiques. Psychothérapie médicale et cognitive Ils connaissent l’existence de cette addiction sans drogue depuis seulement 40 ans. Ce n’est pas qu’elle n’existait pas avant, mais c’est surtout que les gens vivaient ça dans le secret, par honte de ne pas pouvoir se maîtriser. La plupart du temps, ils n’étaient pas obèses. Beaucoup même étaient minces. Mais leur honte était telle que les médecins n’étaient pas informés par eux de ce comportement absurde et, face aux phases d’angoisses et de dépression qui ne faisaient aucun doute, ils prescrivaient des anxiolytiques ou des antidépresseurs et proposaient d’agir sur plusieurs niveaux : améliorer l’organisme avec des repas équilibrés et sains pour commencer, proposer une psychothérapie cognitive où ils vont tenter de comprendre, avec la ou le patient(e), quelle pensée induit telle ou telle émotion. Selon qu’ils captent des pensées très
dysfonctionnelles, interprétatives et négatives, ils vont en informer le patient qui, ils espèrent, changera peu à peu sa vision du monde de façon à ne plus avoir les émotions déclenchant les crises de boulimie.

L’approche psychanalytique contemporaine

L’approche psychanalytique a révélé que les crises de boulimie servent souvent de mécanisme apaisant pour l’individu. Les avancées en neurosciences soulignent l’importance de la toute première enfance et du sentiment de sécurité ressenti avec le soignant, ce qui est crucial pour le développement de l’autonomie affective de l’individu. Pour les psychanalystes contemporains et les neuroscientifiques, l’addiction, qu’elle soit alimentaire ou autre, est une réponse à un besoin de réassurance.

Le besoin de réassurance,

selon que la personne est plus ou moins occupée par une activité qui lui donne des sensations émotionnelles fortes ou pas, peut arriver à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit en fonction de ce qui se passe dans l’inconscient. Et dans les moments où on n’est pas “pris”
par une action intense et que l’on se sent démuni, que l’on soit réveillé ou
que l’on dorme, il y aura des crises de boulimie le soir aussi bien que le
jour. 

Contrairement à l’hypothèse médicale, dans le cas des personnes qui font des crises  la nuit et dont l’origine n’est ni organique, ni due à un moment de vie où on se sent particulièrement vulnérable, n’y a pas une relation de cause à effet entre la
pensée et l’émotion avant les crises parce que le besoin de réassurance n’est pas simplement lié à un événement passager (pensée, émotion négative), mais il
est structurel. Le nourrisson que vous étiez ne s’est pas senti dans “un
nid sécurisant” et a construit sa personnalité en fonction de ses peurs ou
de son besoin de séduire pour s’assurer que la personne nourricière d’abord et les autres plus tard ne l’abandonneront pas. La vulnérabilité émotionnelle est parfois gérable dans la journée et peut se manifester que la nuit chez les personnes qui feront alors des crises de boulimie nocturnes. Les crises de boulimie la nuit ou le jour, pour les psychanalystes contemporains, quand elles sont chroniques et qu’elles n’ont pas une cause organique, sont l’un des troubles d’une personnalité borderline. Les crises de boulimie la nuit ont la même signification que les crises de boulimie le jour.

Qu’est-ce qu’unepersonnalité borderline ?

C’est généralement la structure de personnalité des personnes hypersensibles qui se sentent toujours en décalage avec les autres. Les psychiatres ont tendance à poser ce diagnostic
quand la personne est violente ou asociale, mais mon expérience clinique montre
qu’on peut être doux(ce), avoir formidablement réussi dans la vie (ou pas) et être borderline. Les personnes qui ont une structure borderline sont souvent des artistes, des créatifs, des savants, des surdoués, des célébrités…

Le besoin de réassurance

Les individus sujets aux crises de boulimie nocturnes semblent avoir un besoin accru de réassurance en fin de journée. Mais pourquoi spécifiquement le soir ? La réponse varie selon les personnes et leur contexte de vie. Même au sein d’une famille aimante et épanouie, une personne peut se sentir profondément isolée, ressentant un vide intérieur. Ce sentiment peut être épisodique ou persister dans le temps, révélant souvent un manque d’assurance, de confiance en soi au-delà des sphères professionnelles et amicales, et surtout, une faible estime de soi. Bien que le corps médical tende à rechercher un événement précis déclenchant la crise de boulimie nocturne, l’expérience montre que les crises peuvent être déclenchées
par divers états émotionnels, tels que la fatigue, la tristesse, ou même un
plaisir intense. Les émotions peuvent alors devenir envahissantes, créant une pression mentale insupportable. Selon mon expérience, la crise de boulimie nocturne peut être vue comme un refuge, un « nid douillet » où l’enfant intérieur, ayant vécu un sentiment d’insécurité, cherche à se sentir en
sécurité et à lâcher prise.

En somme, la crise de boulimie nocturne dépasse le cadre d’une simple réaction à une émotion présente ; elle représente un moyen pour l’individu de se libérer d’une tension nerveuse et d’une insécurité particulièrement palpables en soirée.

Du besoin de réassurance à l’estime de soi

Ce n’est pas une maladie d’être borderline (ou état limite), disent les psychiatres français.

Bien au contraire, cela devient un avantage quand on a travaillé sur ses
troubles de la personnalité, qui sont responsables des pensées et comportements
dysfonctionnels. On se sent alors bien dans sa peau tout en étant quelqu’un de très sensible, qui sait gérer ses émotions et ses pensées négatives. Et non seulement on se sent bien dans sa peau, mais en psychothérapie, on a appris à se méfier de ses interprétations, on ne juge plus les gens qui se sentent détendus par le contact de qualité proposé. Proche mais pas trop, authentiques mais sans débordements, et surtout, quand on a appris à dire les choses de façon chaleureuse et respectueuse afin d’éviter d’être intrusif ou blessant.

Petit à petit, on passe de l’affirmation d’un soi authentique à une étape où on commence à avoir de l’estime de soi. Et quand on a de l’estime de soi, on n’a plus besoin de réassurance et les crises de boulimie disparaissent sans effort de volonté. On garde sa personnalité borderline, mais elle devient un atout et non plus une souffrance. 

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