Sentiment de solitude et addiction

Sentiment de solitude et immaturité affective

Dans la vidéo ci-dessus, une jeune femme de 27 ans dit que la psychothérapie lui a permis d’avoir une relation paisible avec sa mère.

Je ne sais plus quel est le psychologue ou le philosophe qui a dit qu’on commence à aller bien quand on n’en veut plus à ses parents, mais je constate en effet que c’est généralement le cas pour les personnes que j’ai accompagnées en psychothérapie de groupe, comme on le voit chez cette jeune femme de 27 ans dans la vidéo ci-jointe.

Le processus long et complexe d’une thérapie

Je me souviens avoir lu « Des Mots pour le Dire » de Marie Cardinal sur sa psychanalyse qui a duré un certain nombre d’années. Elle a mis vingt ans avant de découvrir qu’elle aimait sa mère. Vingt ans, c’est long. Entre temps, sa mère est morte et c’est devant sa tombe qu’elle a finalement pu lui dire « je t’aime ».

C’est assez fréquent, surtout chez les personnes qui ont une grande immaturité affective et en particulier chez celles qui ont besoin d’une addiction pour vivre que la relation aux parents est soit symbiotique, et que la symbiose s’exprime soit par une idéalisation soit par un rejet total.

En général, une analyse ou une psychothérapie réussie permet de gagner en autonomie et en maturité affective, de sorte que l’on devient capable de voir ses parents comme des personnes qui ont fait du mieux qu’elles pouvaient.

Il arrive parfois qu’on parvienne à se détacher d’un lien trop fusionnel avec ses parents pour reproduire le même type de relation avec un conjoint ou des amis très proches. Dans ce cas, une psychanalyse ou une psychothérapie réussie permet également de ne pas reproduire ce lien symbiotique au fur et à mesure que la personne gagne en autonomie.

La philosophie comme outil thérapeutique

D’une manière générale, si une psychothérapie permet d’accéder à un rapport affectif à l’autre plus adulte, le parcours a été réussi. Mais je trouve dommage qu’il puisse durer vingt ans, comme c’est le cas pour Marie Cardinal ou pour Fabrice Lucchini, à qui un journaliste lui a demandé ce que lui avait apporté toutes ces années d’analyse. Il a répondu que son parcours analytique ne l’avait pas vraiment rendu plus heureux, mais qu’il avait fini par comprendre que les autres n’avaient rien contre lui.

J’ajouterai néanmoins que je trouve que vingt ans c’est trop pour pardonner à ses parents. Quand la psychothérapie s’accompagne d’un savoir philosophique très basique, du style : « je ne comprends rien à moi-même, je ne comprends pas les autres, je ne comprends pas la vie et donc je ne me juge pas et je ne juge pas les autres non plus », la vie relationnelle intime devient beaucoup plus agréable.

Philosophie appliquée : ne pas comprendre, ne pas juger

Dans les groupes de psychothérapie que j’anime, je demande aux participants de partir dès le début de ce postulat. L’humain n’est pas responsable de ce qu’il est. Il est manipulé par sa culture, ses émotions, qui agissent en arrière-plan sans qu’il s’en rende compte. Aussi, dès le début de la psychothérapie, je demande aux participants d’utiliser une philosophie de la vie qui leur fait gagner beaucoup de temps et qui soulage leur entourage assez rapidement.

Je leur explique que la psychanalyse nous a appris que chacun a un inconscient et qu’il est plus ou moins manipulé par ce dernier. L’inconscient est très malin et parvient toujours à ses fins, même si ça doit être par la voie détournée du symbolique. Il s’ensuit que personne ne peut se comprendre lui-même, pas plus qu’il ne peut comprendre les autres, même ses plus proches. Et puisqu’il ne peut rien comprendre, il n’a pas à se juger ni à juger les autres non plus.

C’est très difficile d’admettre qu’on ne comprend rien, mais à chaque fois que quelqu’un du groupe a une certitude, je lui propose de la mettre en doute. Au fil et à mesure que se déroule le groupe, avec ses interactions, ses jeux de rôle, chacun finit par se rendre compte qu’il se trompait sur telle ou telle personne.

Une psychothérapie qui part du principe qu’il ne faut plus chercher à se comprendre ni à comprendre les autres, mais juste écouter ses élans en étant attentif à mettre les formes pour ne pas blesser les gens et qui s’emploie à faire en sorte que les gens appliquent cette philosophie-là, permet d’accéder à une vie personnelle et relationnelle plus agréable. Quand on écoute ses élans, on va dans le sens de son inconscient, même sans le comprendre, et quand on est attentif à l’autre, on met les formes à ses élans de façon à ne pas les blesser, et là encore, sans avoir besoin de les comprendre, on peut vivre ensemble d’une façon harmonieuse.

TRANSCRIPTION DE LA VIDÉO

Nous n’avons mis qu’un extrait dans ce site où elle ne parle pas de sa famille en détails. Nous avons gardé uniquement ce qui a trait au trouble de l’attachement qui continue à tourmenter cette jeune femme de 27 ans. Mais voici la transcription de l’extrait vidéo au complet :

C’était juste pour rebondir sur sur les parents. Parce que moi j’ai toujours été très très énervée contre ma mère aussi. Tout le temps, tout le temps. Et je me rends compte avec le temps qu’elle a toujours soutenu vraiment dès que je. J’ai pas eu un parcours très très stable au niveau des études, au niveau de de tout, mais elle a toujours été derrière moi à me soutenir. Et je me rends compte aujourd’hui qu’en fait  ça n’a pas toujours été facile pour elle. Elle a du. Elle a dû les accueillir pendant 20 ans. Le fils de mon père, il est resté jusqu’à 36 ans vivre chez nous et elle a accepté. Et je sais pas. Du coup là je le fait d’avoir entendu ton histoire et du coup tous les témoignages, ça me fait vraiment avoir un.

— Mais c’est fou comme il faut, beaucoup, beaucoup, beaucoup d’années quelquefois pour changer. Pour changer un regard. Pourquoi? Parce que dans notre regard, on a on a un passif, on a des émotions négatives, on a des peurs d’enfance, on a, on a des croyances d’enfance aussi, on a des croyances sociales, on a plein de choses, tu vois. Donc quand les philosophes, ils te disent il faut tout démonter, il faut tout déstructurer, il faut douter de tout. Pourquoi? Ben parce qu’effectivement, on voit pas les choses comme on doit les voir.

— Oui, je pense aussi que cet énervement que j’avais contre elle et je m’en rends de plus en plus compte, c’est peut être la peur qu’elle m’abandonne. Enfin je. J’ai toujours été très accroché à elle. On a une relation un peu bizarre elle et moi, où elle m’infantilise beaucoup, ce qui m’énerve. Mais en même temps, je pense que je m’accroche beaucoup à ça. J’ai besoin qu’elle m’infantilise encore alors que maintenant j’ai 25, je vais sur mes 26 et dès qu’elle s’éloigne un peu, ça m’énerve. Mais je pense que c’est parce que j’ai peur.

— Ça m’intéresse beaucoup ce témoignage là aussi.

— Est ce que je peux te flouter et te mettre?

12 Commentaires sur “Sentiment de solitude et addiction

  1. Oprescu says:

    J’ai beaucoup aimé l’article, une sacrée claque , et le fait que le témoignage vidéo ait été retranscrit en texte !

    • Catherine Hervais says:

      Emilie contente que ça te parle. Et moi j’adore tes nouvelles bd de Emiliecomics ! Tellement bien fait si pertinent sur les petites idées fixes féminines…

  2. menissier says:

    Je suis très touchée par ce témoignage et cet article. En tant que personne dépendante affective, il parle de ma relation aux autres, de mon quotidien. Grace au travail en groupe proposé par Catherine, et la philosophie que nous appliquons, j’apprends à respecter la ou j’en suis sans jugement.

  3. Lucie says:

    C’est un très beau témoignage dans lequel je me reconnais beaucoup avant d’avoir fait les groupes. Catherine, le texte que tu as écrit est magnifique. Il résume simplement toute ta philosophie.

    • Catherine Hervais says:

      Ca me touche Lucie. Je m’applique pour les articles. J’essaie de traiter d’avantage l’aspect relationnel intime qui demande toujours réflexion, même après une thérapie. 😘

  4. Maya Ichikawa says:

    J’aime beaucoup ce que vous dites. J’ai suivie les groupes avec vous, et cela a changé beaucoup ma façon de voir.
    Je prend toujours plaisir à vous lire.

  5. Camille M says:

    Merci pour cet article et ce témoignage! Je me retrouve complètement dans cette dépendance affective. Gagner en maturité affective n’est pas chose facile mais c’est la clé ! Ne pas juger, ne pas chercher à comprendre, suivre ses élans sans déranger ou blesser les autres et les relations, la vie sont plus paisibles. Merci Catherine pour cet article !

    • Catherine Hervais says:

      Merci pour ton message Camille, oui gagner en maturité affectif, c’est la clef. J’essaie de montrer dans ce site qu’il ne suffit pas de le savoir il faut aussi s’y exercer tous les jours et les groupes sont un bon entraînement 😉

  6. Miloulechou says:

    Cette vidéo amène tellement d’émotions. C’est moi il y’a deux ans, lorsque je commençais les groupes en Visio ( après une pause due au COVID-19). Ce moi il y a deux ans, grâce a la philosophie appliquée par Catherine et les personnes participant au groupe, a fait un sacré bout de chemin. Ce sentiment de rancoeur et cette rage ont mutés pour se transformer en amour et reconnaissance. Reconnaisse, mais surtout profonde affection pour une mère qui a toujours fait de son mieux, hier, aujourd’hui et demain. Depuis que j’ai cessé d’en vouloir à ma mere, j’ai cessé d’en vouloir au monde entier, mais aussi a moi même. J’ai trouvé une paix intérieure qui m’a permis de ne plus avoir besoin d’être constamment focus sur la seule chose qui ne me provoquait pas de haine, la nourriture. Pour faire court , grâce aux groupes, j’ai cessé la rancoeur mais aussi les crises de boulimie. Mes émotions elles, me submergent encore (et elles le feront toujours) mais je les approche avec philosophie, sérénité et bienveillance ( je m’efforce de la faire) – c’est ce que le groupe a changé pour moi. Merci à tous et à toutes, et à toi Catherine.
    J’ai même trouvé l’amour, ce qui peut paraître simple pour certain.es mais a 27 ans (quasi 28), c’est la première fois que je suis capable d’éprouver ce sentiment envers une personne. Un sentiment fort dirigé vers quelqu’un d’autre que mes parents, ou encore moi même. Un sentiment qui me fait comprendre que j’ai le droit d’être authentique, et imparfaite.

    • Catherine Hervais says:

      Oh Milena, que ton commentaire est touchant. Que je suis contente de te sentir enfin bien dans ta peau et surtout en paix avec ceux qui t’entourent. Ton texte des d’autant plus intéressant pour les gens qui vont te lire parce qu’on a tendance trop souvent, quand on est malheureux, à en vouloir à ses parents qui, par définition, ne sont pas parfaits eux non plus, la perfection ne voulant rien dire quand il s’agit de décrire un humain. 🩷

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