Quelle thérapie
pour l’addiction ?

Quand la volonté ne suffit plus

Par Catherine Hervais,
psychologue spécialisée dans la psychothérapie des addictions

Quelle thérapie pour l’addiction quand le contrôle ne libère pas du besoin de craquer ?

Quand une personne souffre d’addiction, elle a souvent déjà tout essayé pour s’en sortir : elle a contrôlé son comportement, elle s’est efforcée de résister à ses pulsions, elle a cherché des explications et parfois consulté pendant des années. Mais on constate que les gens peuvent avoir beaucoup compris de leur histoire, de leurs blessures, de leurs peurs, sans que pour autant l’addiction ne s’arrête.

C’est l’enfer parce qu’au moment où la tension revient — et ça peut être plusieurs fois par jour — le besoin de craquer devient impérieux. Et c’est là que l’on voit que ce n’est pas une question de volonté : c’est une urgence intérieure, une manière de calmer ce qui devient impossible à supporter.

L’addiction est plus forte que la volonté — non par faiblesse, mais parce qu’elle répond à quelque chose de plus profond : un trouble du rapport à soi, une difficulté à se sentir pleinement soi-même face aux autres.

Les addictions transitoires

Il y a addiction et addiction. Parfois elle s’installe après des événements festifs répétés. Les effets sont tellement agréables que, pour peu que l’on traverse une période où l’on se sent particulièrement fragilisé, on ne trouve pas le courage d’y renoncer, même quand elle pose des problèmes dans la vie sociale et affective.

On ne peut pas savoir à l’avance qu’on a une addiction transitoire. On s’en aperçoit quand la volonté reprend le dessus et qu’on finit par trouver la force de résister à la tentation de craquer.

Les addictions sévères et persistantes

Quand la volonté ne suffit plus

L’expérience montre que certaines personnes ne parviendront pas à lutter définitivement contre leur addiction, que ce soit la nourriture, l’alcool, la drogue ou autre chose. Dans beaucoup d’autres domaines, ces personnes ne manquent pas de volonté. Parmi elles, on trouve des gens qui dirigent une entreprise de grande envergure, qui dans certaines circonstances parviennent à faire des actions qui demandent beaucoup de courage et de persévérance.

Mais quand il s’agit de leur addiction, aussi nuisible soit-elle pour leur vie personnelle et sociale, ils ne parviendront pas sur le long terme à la contrôler. Ils peuvent y parvenir pendant de courtes périodes, mais il y a toujours un moment où la compulsion sera plus forte. C’est précisément pourquoi se libérer d’une addiction de ce type ne peut pas reposer uniquement sur la volonté.

La psychologie apporte une réponse à ce paradoxe : certaines addictions ne semblent pas insurmontables, tandis que d’autres, même chez des gens invincibles dans d’autres domaines, résistent aux approches thérapeutiques successives qui ont été tentées.

L’addiction comme soupape identitaire

Ce besoin d’y retourner, parfois après plusieurs sevrages, correspond à la sensation de vivre avec un chaos intérieur. Ça ne se voit pas toujours, mais on est en tension permanente. De l’extérieur, la vie peut paraître parfaitement réussie sur tous les plans, tandis qu’au fond de soi on a l’impression de manquer d’air.

L’addiction dans ce cas, malgré tous les dommages vécus, est un échappatoire nécessaire. Elle est la soupape qui permet d’échapper au burn-out. Elle peut être destructive par endroits, et en même temps ce qui permet, pour certaines personnes, de ne pas avoir l’impression de devenir fou.

C’est ce lien entre addiction et identité qui explique pourquoi les approches centrées uniquement sur le comportement ne suffisent pas.

Le sentiment d’imposteur

Dans ce cas de figure, la personne ne souffre pas simplement d’un comportement qui lui échappe. Elle souffre d’une sensation de vide sans fond, d’une impression de ne pas se sentir vraiment quelqu’un, même quand par ailleurs on fait l’admiration de tous pour ses talents, son intelligence, sa créativité.

Non seulement l’adaptation permanente épuise, mais elle amplifie le sentiment de ne plus être soi-même. La personne sourit, répond, rassure, se rend disponible, paraît solide, mais en réalité n’habite pas vraiment sa propre vie.

Quelle thérapie pour l’addiction psychologique ?

Ce qui fonctionne pour les addictions transitoires

Les addictions transitoires parviendront parfois à se régler avec la volonté ou avec le coup de pouce d’une psychothérapie. Peu importe laquelle, lorsqu’elle est pratiquée par quelqu’un qui a une longue et bonne formation. On connaît les bienfaits du yoga, de la relaxation, de la sophrologie, de l’hypnose ericksonienne pour renforcer par de l’apaisement les personnes qui ont simplement besoin de retrouver leur équilibre.

Quand les fondements identitaires sont à construire

En revanche, quand la personne n’a pas une base identitaire solide au point qu’elle ne se sent pas vraiment dans sa vie, la thérapie pour l’addiction devra non pas rééquilibrer les fondements identitaires mais carrément les construire. C’est le cas quand, depuis la petite enfance, on est plus attentif à plaire aux autres qu’à écouter ses propres élans.

Dans ce contexte, le traitement de l’addiction psychologique passe nécessairement par un travail sur l’identité — pas seulement sur le comportement.

Des années de thérapie et pourtant l’addiction ne bouge pas

Voici ce que raconte une femme qui a essayé plusieurs formes de psychothérapie avant de comprendre pourquoi, malgré des années de travail sur elle, ses symptômes dépressifs et son addiction n’ont pas disparu.

À chaque fois, elle avait affaire à un professionnel bienveillant qui validait ses propos, et elle restait avec la conviction que tout ce qui lui arrivait était de la faute de son passé. Mais même si elle trouvait quelqu’un pour la comprendre, cela ne lui permettait pas d’avancer beaucoup dans sa problématique d’addiction.

Et puis un jour, elle a entendu parler d’un groupe de psychothérapie qui ne travaille pas sur l’addiction elle-même mais sur la problématique identitaire des participants. Elle sentait bien que, malgré ses réussites sociales, elle se sentait au fond d’elle-même comme une petite fille.

Au-delà de l’addiction, elle se sentait un peu au milieu de nulle part. Ça ne se voyait pas : quand elle était parmi les autres, elle savait parfaitement donner le change. Mais elle se doutait qu’il y avait un rapport entre le fait qu’elle se sente vide et son besoin de se jeter sur la nourriture avec avidité, sans fin et sans faim.

Le tournant : la thérapie de groupe

Un jour, après avoir essayé plusieurs approches, elle a finalement tenté un groupe de psychothérapie. C’est dans ce cadre qu’elle a pris conscience de la problématique qui générait son addiction.

« Moi, mon référentiel c’était : comment je peux plaire à l’autre, comment je peux le moins possible le déranger, et comment je peux être au service de sa mise en lumière, mais certainement pas de la mienne. Mon existence n’était que dans l’idée de faire plaisir à l’autre et de lui apporter le plus de confort à lui, pas à moi. Finalement cette disposition ne me faisait exister que de manière autocentrée. Là où je croyais être au service de l’autre, j’étais en fait dans une espèce d’adaptation à ce qui me semblait être bon pour lui, mais mon cœur n’était pas ouvert, ni à l’autre ni à moi ! »

Elle a alors compris que c’était là-dessus qu’il fallait qu’elle travaille :

« Et du coup, progressivement — et contrairement à ce qui se passe en thérapie individuelle — le fait de ne plus être égocentrée mais de voir les autres vivre, d’interagir avec eux, de voir leurs réactions là où toi tu passes à autre chose, de voir quelqu’un qui commence à s’illuminer… En fait, c’était comme si progressivement voir les autres me permettait de me voir moi. »

Conclusion

L’addiction n’est donc pas une maladie uniforme qui répondrait à un traitement universel. Pour certains, la volonté suffit, parfois aidée d’un accompagnement ponctuel. Pour d’autres, ce qui se joue va bien au-delà du comportement : c’est une identité entière qui n’a jamais pu s’ancrer, un soi qui n’existe que dans le regard et l’approbation des autres.

Dans ces cas-là, supprimer l’addiction sans toucher à ce fondement ne résout rien — et souvent, une autre dépendance prend la place. Une transformation durable devient possible lorsque la personne cesse de s’adapter et commence à exister : à ressentir ses propres élans, à se laisser toucher par l’autre sans disparaître, à être vue sans jouer de rôle.

La thérapie de groupe offre un cadre unique pour ce travail, parce qu’elle rend visible ce qui, dans une thérapie individuelle, reste dans l’angle mort : la manière dont on entre en relation, dont on occupe l’espace, dont on s’efface ou s’impose. C’est dans ce miroir vivant que quelque chose peut enfin changer — non pas en comprenant mieux le passé, mais en osant être soi, maintenant, devant les autres.

Les témoignages cités dans cet article sont issus de groupes de psychothérapie intensive du Centre Catherine Hervais. Les prénoms ont été modifiés.

En savoir plus sur le groupe de thérapie : hervais.com

Consulter les articles sur la boulimie et les addictions : boulimie.fr

Questions fréquentes sur la thérapie de l’addiction

Quelle thérapie choisir pour une addiction ?

Il n’y a pas une seule thérapie valable pour toutes les addictions. Certaines personnes s’en sortiront avec de la volonté, aidées d’un sevrage, d’une TCC ou d’une thérapie individuelle classique. Mais lorsque l’addiction est ancienne et résistante, il faut travailler plus profondément — non pas sur le comportement addictif lui-même, mais sur ce qu’il vient anesthésier.

Pourquoi contrôler l’addiction ne suffit pas toujours ?

Contrôler une addiction peut fonctionner sur de courtes périodes. Mais si l’on ne travaille pas sur ce qui est à l’origine du besoin, on traite le problème de surface : la compulsion revient, souvent sous une autre forme. L’addiction n’est pas toujours un simple mauvais pli — c’est parfois une solution de survie quand on ne sait pas autrement gérer ce qu’on ressent.

Quel est le lien entre souffrance affective et addiction ?

Certaines addictions se développent chez des personnes qui vivent avec une souffrance affective profonde — une difficulté à se sentir soi-même, à exister dans la relation sans s’y perdre ou s’y soumettre. L’addiction devient alors une soupape, un moyen de tenir. Travailler sur cette souffrance, et non uniquement sur le comportement, est souvent ce qui permet une transformation durable.

Pourquoi la thérapie de groupe peut-elle aider dans l’addiction ?

La thérapie de groupe rend visible ce qu’une thérapie individuelle ne peut pas montrer : comment on entre en relation, comment on s’efface ou s’impose, comment on existe face aux autres. C’est dans ce miroir vivant que quelque chose peut enfin changer — pas en comprenant mieux son passé, mais en osant être soi devant les autres, maintenant.

Cette approche s’adresse-t-elle à toutes les addictions ?

Oui — qu’il s’agisse d’addiction alimentaire, d’alcool, de drogues ou d’autres comportements compulsifs. Ce qui importe, ce n’est pas la substance ou le comportement en cause, mais la dynamique psychologique qui le sous-tend. L’approche identitaire proposée ici s’applique partout où l’addiction sert à combler un vide intérieur que rien d’autre ne parvient à remplir.